Mvuyekure Jean Claude
La prolifération des déchets plastiques met en péril la biodiversité du lac Tanganyika et les moyens de subsistance de millions de personnes au Burundi, en Tanzanie, en RDC et en Zambie. Entre dégradation de l’eau, risques pour la pêche et inquiétudes sanitaires, scientifiques et acteurs locaux appellent à une action urgente et coordonnée pour sauver l’un des plus grands lacs d’Afrique.
Situé dans la vallée du Grand Rift et partagé par le Burundi, la Tanzanie, la République démocratique du Congo et la Zambie, le lac Tanganyika soutient des millions de personnes grâce à des moyens de subsistance basés sur la pêche et à l’approvisionnement en eau potable. Toutefois, les déchets plastiques non contrôlés dans les rivières et les centres urbains de la région, notamment à Bujumbura, capitale économique du Burundi, menacent l’écosystème fragile du lac.
Il contient près de 18 % des eaux douces de surface disponibles dans le monde. Le lac Tanganyika constitue ainsi une source indispensable d’eau, de nourriture et de revenus pour des millions de personnes.
Un écosystème d’une richesse exceptionnelle, mais en sursis
Le lac Tanganyika abrite plus de 250 espèces de poissons, dont plusieurs sont endémiques, comme le Mukeke (Lates stappersii) ou les petits poissons Ndagala, essentiels à la sécurité alimentaire des populations locales.
Mais cette biodiversité est aujourd’hui menacée. Selon le Basket Fund, « la pollution du lac compromet non seulement l’équilibre des écosystèmes, mais aussi l’approvisionnement en eau potable de millions de riverains ».
Un biologiste burundais résume la situation en ces termes : « La turbidité augmente, l’oxygène diminue, et cela étouffe la vie aquatique.»
Des menaces bien identifiées, mais peu combattues
Les dangers sont multiples et documentés :
• Extraction anarchique : de nombreuses carrières de sable et de graviers, notamment dans les provinces de Rumonge et de Nyanza-Lac, opèrent sans autorisation ni contrôle, aggravant l’érosion des rives et la déstabilisation des sols.
• Pollution et sédimentation : les déchets domestiques, les ruissellements agricoles et les sédiments transportés par les rivières altèrent la qualité de l’eau et détruisent les habitats naturels des poissons.
Des répercussions directes sur les populations
Les conséquences de cette dégradation ne sont pas abstraites : elles affectent déjà la vie quotidienne de nombreuses communautés riveraines.
1. Effondrement de la biodiversité : la disparition progressive de certaines espèces de poissons met en péril la pêche traditionnelle, pilier économique et alimentaire local.
2. Qualité de l’eau compromise : la dégradation des eaux du lac limite l’accès à une source essentielle d’eau potable.
3. Développement en berne : la pêche artisanale décline et le potentiel du transport lacustre reste largement sous-exploité faute d’infrastructures durables.
Différentes catégories de pollueurs
On distingue différents types de pollueurs : les bouteilles en plastique, les chaussures usées, les herbes ainsi que certaines usines de traitement de l’eau qui rejettent des eaux usées dans le lac.
« Lorsqu’il y a des déchets dans l’eau, les poissons disparaissent. En revenant de la pêche, les pêcheurs nous disent que les poissons ont pris la poudre d’escampette », expliquent certains pêcheurs.
Les actions de l’Union européenne et d’autres ONG
En 2025-2026, l’une des principales initiatives en faveur de la protection du lac Tanganyika est le projet TAKIWAMA (Tanganyika Kivu Water Management Project), financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Enabel (Belgique), la GIZ (Allemagne) et l’Autorité du Lac Tanganyika. Ce programme renforce la lutte contre la pollution à travers des actions de gestion des déchets solides et des eaux usées, le développement d’un réseau de surveillance environnementale et climatique, ainsi que l’appui aux institutions et acteurs locaux chargés de la protection du lac. Le projet prévoit également des activités pilotes visant à réduire les déchets qui finissent dans le lac et à améliorer la qualité de l’eau dans les zones riveraines.
Parallèlement, Enabel collabore avec des organisations et associations environnementales burundaises qui interviennent sur le terrain dans la sensibilisation des communautés, la protection des bassins versants et la gestion des déchets. Parmi elles figure l’Action Ceinture Verte pour l’Environnement (ACVE), qui mène des actions de protection des rivières Muha et Ntahangwa ainsi que du paysage protégé du nord-est du lac Tanganyika. Ces initiatives locales contribuent à limiter l’acheminement des déchets vers le lac et à promouvoir une gestion durable de l’environnement.
L’administration hausse le ton
Du côté des autorités locales, le message est clair : la protection de l’environnement figure parmi les priorités de la commune de Mugere. C’est ce qu’a rappelé Ferdinand Ndanezerewe, conseiller de l’administrateur communal chargé de la communication et des relations publiques, en février 2026 lors d’une opération de collecte des déchets.
Il a notamment dénoncé les pratiques de certaines personnes qui exigent de l’argent à ceux qui participent à la collecte des déchets. « La commune ne tolérera aucun comportement visant à freiner ou saboter les efforts de développement », prévient-il, annonçant des sanctions et des amendes pour les contrevenants. Il reconnaît toutefois un défi majeur : le manque de poubelles au marché de Ruziba, une situation qui continue d’alimenter l’insalubrité et la pollution. Cette campagne de collecte n’a duré qu’une demi-journée. Mais les déchets ramassés racontent une histoire plus vaste : celle d’une consommation plastique incontrôlée et d’un lac menacé. Derrière chaque bouteille récupérée dans un caniveau se cache une question centrale : combien d’autres n’ont pas été ramassées et ont déjà rejoint les eaux du Tanganyika ?
L’Afrique compte des réserves d’eau douce d’importance vitale, notamment les grands lacs africains comme le lac Tanganyika. Ce lac constitue une véritable mer intérieure, essentielle pour la pêche, le commerce, la biodiversité et la connectivité régionale. Ces lacs représentent également des voies importantes de développement et d’intégration régionale.
En cette Journée mondiale de l’environnement, célébrée le 05 juin, cette initiative de collecte de déchets au bord du lac Tanganyika rappelle l’urgence d’agir face à la pollution plastique. Au-delà de l’action ponctuelle, elle met en lumière un défi durable : protéger un écosystème vital menacé par les déchets du quotidien. Elle invite ainsi les autorités, les communautés et les partenaires à renforcer ensemble les efforts pour préserver le lac Tanganyika pour les générations futures.


