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Violences faites aux femmes : un mal qui ne faiblit pas

Par Jean-Bosco Ntaconayigize

 L’Assemblée Générale de l’ONU  a adopté en 1993, la déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Elle définit les violences faites aux femmes comme tous les « actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée( Article 1er ). Les violences faites aux femmes touchent les femmes de tous âges et de toutes catégories sociales et peuvent être exercées dans tous les domaines de la vie. Elles sont restées longtemps cachées et ignorées en tant que faits de la société. Le reportage qui suit nous  conduit  à Ngozi chez Miburo Eugénie qui a été confrontée, pendant près de deux décennies, à la violence extrême de la part de son époux. Elle raconte comment l’amour vire parfois à la haine et comment ses enfants ont payés les frais d’une cohabitation conjugale loufoque pendant plusieurs années.  

« J’ai passé dix-huit ans avec un homme que j’aimais tant et en qui j’avais investi toute ma confiance mais pour qui je n’étais rien ». C’est sur ces mots que Miburo Eugénie débute le récit sur le  calvaire qu’elle a vécu entre 2001 et 2019 et qu’elle est loin d’en oublier le moindre détail. Par moment, elle fond en larmes en racontant un épisode qui,  certes, l’a beaucoup marquée.

Cette mère de quatre enfants qui vit au quartier Shikiro de la ville de Ngozi raconte qu’elle a connu  son époux lorsqu’ils étaient encore sur le banc de l’école, fréquentant tous le même établissement scolaire. «  C’était un bon garçon à qui je ne reprochais de rien », se souvient-elle. Et lorsqu’est venu le moment de s’engager dans une relation de mariage, Eugénie affirme qu’elle a dit à son futur époux que s’il y avait la pire chose qu’elle détestait dans la vie, c’était d’être frappé.

A cet effet, les deux tourtereaux s’étaient  convenus que tout malentendu devrait être réglé via un dialogue.  Le mariage a été bel et bien conclu en 2001, mais les moments d’allégresse n’ont duré qu’une année selon toujours cette enseignante du fondamental : « Le reste de ma vie conjugale n’a été qu’un cauchemar », informe-t-elle, précisant qu’après la naissance du premier enfant elle a été soumise à un « régime » de coups et blessures. « Je ne peux pas compter le nombre de fois que j’ai été conduite à l’hôpital, inconsciente, suite aux coups que m’infligeait mon mari », avoue –t-elle.

                      Des violences à huis clos et une femme fortement attachée à la tradition

        Miburo Eugénie raconte comment les premiers moments de leur mariage étaient sans encombre. Elle se rappelle qu’elle et son époux s’étaient même convenus des projets à réaliser à court et moyen termes. A l’époque le couple vivait en commune Butihinda de la province Muyinga. «  Rapidement le conte de fée tourne au cauchemar après la naissance de notre fils aîné » indique-t-elle, avant d’ajouter : « Le premier jour il m’a menacée, le lendemain il m’a insultée, le surlendemain il m’a poussée contre le mur et le jour d’après il m’a mouillée de coups », témoigne-t-elle.  Selon Eugénie, cette nuit de juin 2002 a inauguré une suite de maltraitances lui infligées par celui avec qui elle avait juré de passer le reste de sa vie. «  Chaque fois, il me frappait, me donnait plusieurs coups de pieds dans le ventre, dans les côtes, des coups à la tête  et au visage à tel point que je devenais méconnaissable », précise -t-elle, la voix tremblante. Le lendemain des voisins, la conduisaient à l’hôpital en état d’inconscience, selon toujours le récit de cette femme.

Eugénie raconte que ces scènes de violence se déroulaient la nuit et dans leur chambre. Son mari ne manquait jamais de prétexte pour la tabasser : « Un enfant qui pleurait pendant la nuit lui offrait une occasion de me rouer de coups », se lamente-t-elle.  Le pire est que ces scènes macabres se déroulaient à huis-clos ; Eugénie se refusant de crier au secours malgré les coups violents qui lui tombaient dessus « comme de la grêle ». Comme elle l’explique, ce comportement que beaucoup trouvent « bizarre », Eugénie l’a héritée de sa mère : « ma mère n’a cessé de nous dire dès le bas âge, à nous les filles, que les secrets du foyer ne devraient en aucun cas être étalés dans la rue. Elle nous expliquait que tous les ménages avaient des problèmes mais qu’on les entendait rarement circuler dans la rue. « Elle nous expliquait comment elle était parvenue à résister aux multiples problèmes auxquels elle a été confrontée pour nous éduquer, et terminait toujours ces conseils en nous exhortant de ne jamais la trahir », révèle Eugénie.

                A l’entendre parler, Eugénie a été prisonnière du fameux comportement ancestral de « Ni ko zubakwa » lui inculqué par sa mère dès le bas âge.  Elle avoue qu’elle n’entendait pas crier au secours de peur que des voisins ne connaissent les problèmes qui minent le foyer ; pire encore elle avoue également que malgré les tords lui causés par son mari, elle ne voudrait pas que son tortionnaire soit puni conformément à la loi, de peur que les enfants se retrouvent loin ou sans père  et surtout de ne pas « trahir » sa mère, laisse-t-elle entendre. Le comportement d’Eugénie  laissait les voisins et les familles dans l’embarras.

                  Une mobilisation générale pour sauver la vie d’une personne en détresse

« J’ai longtemps pensé que ma grande sœur souffrait d’une maladie mystérieuse. Je ne comprenais pas comment un être humain, et de surcroît un intellectuel, pouvait accepter de se faire battre sans cesse, comme un tambour, sans se défendre ou de chercher secours », s’insurge Sylvie Minani, la sœur d’Eugénie qui vit également dans la ville de Ngozi.

Elle témoigne que depuis que le couple s’est installé en ville de Ngozi  en 2011, elle ne cessait d’être victime des retombées des conflits qui déchiraient la famille d’Eugénie. Elle informe que chaque fois que sa sœur était violentée, elle et ses enfants se refugiaient chez-elle et la famille d’accueil se chargeait des soins jusqu’au rétablissement et au retour au bercail. Elle précise que chaque fois, le conseil familial, des amis et voisins accompagnaient la victime chez son bourreau.

 Après avoir dénoncé ce « comportement indignes d’un couple d’intellectuels », des conseils étaient prodigués pour une meilleure collaboration, selon toujours Sylvie. «  Malheureusement, les mêmes scènes se reproduisaient juste après notre départ », regrette-t-elle, avant d’ajouter «  ils nous ont fatigués et fait perdre trop de temps ».

         Fatigués par ce qui paraissait  comme « le mythe de Sisyphe », tous ceux qui connaissaient la situation dramatique d’Eugénie ont choisi d’alerter les pouvoirs publics. Sylvie se souvient qu’à trois reprises, des agents de l’ordre accompagnés des élus locaux se sont rendus au domicile du mis en cause, mais son épouse s’est toujours opposée à son interpellation.

« Lorsque le CDFC Ngozi a été saisi de l’affaire, il a suggéré lui aussi que le tortionnaire devrait être interpellé afin de répondre de ses actes, mais encore une fois, Eugénie s’y est farouchement opposée. Ce comportement étrange nous a beaucoup émus », affirme-t-elle.  

     En janvier 2019, Eugénie s’est opposée à l’idée de son mari de vendre deux parcelles qui se trouvent à Muyinga après avoir remarqué qu’il dépensait tout dans les bistrots. Se sentant humilié, son mari l’a battue comme il ne l’avait jamais fait : « Je pense qu’il voulait l’éliminer afin de tout vendre par après », informe Sylvie, avant d’ajouter qu’elle a trouvé sa sœur  dans un état critique avec du sang qui coulait des narines, des oreilles et de la bouche, et une tête totalement déformée. Comme à l’accoutumée, la victime et ses quatre enfants ont trouvé refuge chez la famille de Sylvie. Il a fallu deux mois de soins de santé pour qu’Eugénie retrouve toutes ses facultés. 

       Face à cette nouvelle brutalité, qui n’était que de trop, la famille d’Eugénie avec le soutien d’autres leaders féminins  ont poussé la victime à porter plainte sous peine de se voir « abandonnée ». La pression a fini par payer, selon Sylvie, puisque durant le même mois de janvier, Eugénie a porté l’affaire devant le tribunal de résidence de Ngozi.  Aux termes de plusieurs audiences auxquelles l’accusé n’a pas participé, la sentence est tombée le 6 juin 2019 : Eugénie et ses quatre enfants se sont vus attribuer deux des trois chambres de la maison familiale et le salon, de même que la gestion de deux des trois boutiques en location annexées à la maison familiale. La séparation de corps était donc consommée et Eugénie pouvait vivre tranquille car le tribunal venait de lui accorder tout ce qu’elle avait demandé.

        A l’heure actuelle, Eugénie avoue qu’elle se porte mieux. Elle remercie tous ceux qui se sont donné corps et âmes pour changer sa situation. Ses principaux soucis sont notamment la rééducation de ses enfants fortement touchés par les cycles de violences qui ont secoué le ménage et l’accès équitable à d’autres biens familiaux telles les propriétés foncières ; sur ce dernier point, elle reconnaît que la bataille s’annonce rude.

                           Qu’en est-il des conséquences ?

Le retentissement de telles violences sur les femmes qui les subissent est lourd que ce soit sur le plan de leur santé physique, mentale ou psychologique. Pour le cas d’Eugénie, ces années de galère lui ont causé de graves blessures physiques dont certaines peinent à se cicatriser. Lors des examens médicaux effectués en février 2019, des médecins lui ont signifié que la moitié de son corps (côté gauche de la tête aux pieds) a été endommagé et qu’elle devrait s’attendre  au pire. « C’est cette triste réalité qui me tourmente le plus », témoigne-t-elle en sanglots. Sa sœur avoue également qu’Eugénie présente des symptômes des troubles psycho-traumatiques et de dépression.  Pour l’aider à surmonter cette épreuve, les amies d’Eugénie l’ont intégrée dans des mouvements associatifs et groupes de solidarité, selon Sylvie, qui précise que l’objectif est de lui redonner de l’espoir.

             Côté enfants, la situation n’est pas des meilleures : l’aîné avait été sommé par son père de monter la garde près du portail afin d’ouvrir dès son arrivée. Or cet homme n’arrivait jamais avant minuit, selon sa mère. Etant donné que ce garçon était écolier, il ne pouvait pas monter la garde la nuit et bien étudier le lendemain. La conséquence de cette situation qui a duré plusieurs années, selon toujours Eugénie, est que son enfant n’a presque plus avancé de classe. Elle précise qu’elle fréquente encore le post-fondamental alors que les autres de sa promotion sont déjà à l’université. «  Maintenant qu’il n’est plus soumis à ce traitement inhumain, mon enfant se classe toujours dans les cinq premiers lors des évaluations  alors qu’il occupait les dernières places auparavant », se félicite-t-elle. Le bonheur affectif et matériel des enfants a été également affecté, comme le révèle Eugénie. 

       Convaincu qu’elle vient de traverser une période particulièrement difficile, Eugénie ne manque pas de message à l’endroit d’autres femmes, particulièrement celles qui mènent une vie conjugale compliquée. Selon elle, dès les premiers signes de violences telles les insultes répétées ou des harcèlements psychologiques, la femme devrait immédiatement alerter les familles et les amis et prendre en considération les conseils reçus. Et surtout elle ne voudrait  qu’aucune autre femme ne vive le calvaire qu’elle a vécu pendant 19 ans.

                                 Le cas d’Eugénie : un cas parmi d’autres.

         Le cas d’Eugénie n’est malheureusement  pas isolé. Le CDFC  Ngozi  reçoit régulièrement des cas de femmes victimes de violences physiques, de viols ou de tentatives de viol. La responsable de ce centre note aussi qu’il y’a des cas de féminicides conjugaux qui sont enregistrés, bien que la situation n’est pas alarmante.

Pour elle, bien que la parole des femmes se libère peu à peu, pas mal de victimes éprouvent des difficultés à parler de leur agression suite au sentiment de honte ou de culpabilité qu’elles peuvent ressentir et la peur de ne pas être crue. Les violences faites aux femmes, selon toujours ce cadre du ministère ayant le genre dans ses attributions, isolent les victimes et fragilisent tous les aspects de leur vie socio-professionnelle. Elle reconnaît également que l’une des particularités de ces violences est qu’elles se déroulent souvent dans un cadre privé où elles peuvent facilement rester cachées.

Consciente que le fléau de violences faites aux femmes n’est pas encore éteint, Georgette Ndayishimiye du CDFC  Ngozi  en appelle à la mobilisation collective. Selon elle, la lutte contre ces violences est un combat de chaque instant et qui concerne tout un chacun pour ne rien laisser passer afin de lutter contre toutes les formes de violences faites  aux femmes.

Gaspard Maheburwa

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